1971-1995
La Genèse de la Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon

Créée en avril 1971 à Libreville, la Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon naît de la volonté de la banque française de s’implanter dans un pays africain où l’exploitation pétrolière naissante laisse entrevoir un fort potentiel de développement économique. Elle s’installe ainsi aux côtés de trois autres succursales de banques françaises : la BNP, la Société Générale et le Crédit Lyonnais. Un homme est à la base de ce projet : Claude de KÉMOULARIA .

En 1967, il est appelé à travailler aux côtés de Jean Reyre, président de la Banque de Paris et des Pays-Bas, en qualité de conseiller pour les questions internationales.

Claude de KÉMOULARIA : «  Dès mon arrivée, y voyant la vocation normale d’une banque d’affaires, j’avais convaincu notre président d’affirmer notre présence dans les pays en développement ayant des richesses naturelles. Mes incessants voyages autour de la planète et mes entretiens avec les responsables des économies de la plupart des pays m’avaient convaincu qu’une grande banque devait être présente dans les zones productrices de matières premières, car lorsque leur prix monte, le système bancaire local ne suffi t pas à traiter l ’argent qui afflue dans le pays, tant les bénéfices financiers sont considérables, et, quand les prix se tassent, il faut disposer de bons représentants sur place pour prendre des mesures de prudence.

 L’envolée des prix du pétrole allait confirmer cette loi.  Nous avons heureusement utilisé la formule dans plusieurs pays, notamment au Gabon.  Dans ce genre de montage, Paribas, associé à des affaires locales, gardait la majorité dans une holding contrôlant la banque. Le plus souvent, je présidais la holding et un des directeurs de Paribas prenait la tête de la banque. »

Au Gabon, la holding en question s’appelle SOGAPAR (Société gabonaise de participations), également actionnaire d’une quinzaine d’entreprises industrielles.

La Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon démarre ses activités avec une vingtaine de personnes. Les objectifs stratégiques fixés par la maison mère portent alors essentiellement sur le développement des métiers de la « banque en gros », peu sur la banque de détail au sens large.

Entre 1971 et 1977, la banque ouvre plusieurs petites agences dans le pays pour accompagner le développement économique. La plupart d’entre elles n’existent plus, la banque ayant dû se recentrer ultérieurement sur les centres géographiques les plus rentables. Port-Gentil en est le principal exemple. Centre de l’économie pétrolière du Gabon, la ville accueille depuis le 6 janvier 1977 une agence clé pour le rayonnement de la banque. Cette même année, le siège de la banque déménage vers des installations plus spacieuses qu’il occupe toujours aujourd’hui sur le boulevard de l’Indépendance. Le personnel avait plus que doublé depuis 1971, une quinzaine d’employés ayant été engagés lors d’un important processus de recrutement, en 1976.

Les quelques années qui suivent ne laissent pas apparaître de faits marquants dans l’histoire de la Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon.

Le président de la République gabonaise avait clairement fait comprendre son souhait de voir arriver des cadres gabonais à la direction d’entreprises telles que la Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon. Le premier fut Henri-Claude OYIMA.

Groupe BGFIBank

Il faudra attendre 1985… et l’arrivée d’un jeune gabonais au poste de directeur général adjoint, administrateur-directeur général six mois plus tard. Deux ans auparavant, le président de la République gabonaise avait clairement fait comprendre son souhait de voir arriver des cadres gabonais à la direction d’entreprises telles que la Banque de Pariset des Pays-Bas Gabon. Le premier fut Henri-Claude OYIMA .

Dans le même temps, l’Etat gabonais monte progressivement dans le capital de la banque, mieux connue désormais sous l’appellation abrégée de Paribas Gabon.

Mil neuf cent quatre-vingt-cinq est également l’année au cours de laquelle la banque subit la seule et unique grève de son histoire ! Elle n’est pas longue mais significative de mécontentements qui touchent l’ensemble du secteur bancaire. Le personnel de Paribas Gabon conteste principalement l’autorité de la direction générale alors aux mains d’expatriés français. Le nouveau directeur général adjoint gabonais, en poste à ce moment-là à Port-Gentil, est appelé à Libreville pour calmer les esprits, négocier et confirmer les perspectives du changement annoncé à la tête de l’organisation de la banque. Mission accomplie, Henri-Claude OYIMA rentre à Port-Gentil qu’il quittera trois mois plus tard pour rejoindre définitivement le siège.

Le 25 juin 1985, le conseil d’administration l’officialise dans ses nouvelles fonctions d’administrateur-directeur général. A cette époque, la banque compte quelque 80 personnes réparties sur deux points de vente : Libreville
et Port-Gentil. Elle propose des services financiers classiques mais relativement sommaires et ne traite qu’avec quelques gros clients Corporate, en particulier les pétroliers, et une petite clientèle de particuliers relativement « V.I.P. ». Ce qui n’empêche pas la banque de souffrir d’un handicap qu’elle traînera plusieurs années : une charge importante de contentieux.

Groupe BGFIBank
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Un objectif majeur est alors assigné au nouvel Administrateur Directeur Général : nettoyer le bilan de la banque. Il crée une grande direction Juridique et Contentieux, entame des poursuites à l’égard des débiteurs en défaut, saisit le cas échéant les biens immobiliers hypothéqués (les « bases ») au point que, par plaisanterie, la banque se voit affublée du surnom de « Paribases ».

En parallèle, Henri-Claude OYIMA s’applique à donner une dynamique commerciale à la banque tout en attachant une importance particulière à la gestion informatique qui était encore sommaire et au développement des ressources humaines par l’engagement progressif et la formation de cadres gabonais. Dans cette tâche, il est fortement appuyé par Francis Gérard CAZE, directeur Moyen Orient/ Afrique de Paribas de 1986 à 1995. Egalement membre du comité de direction de Paribas, il devient un « ambassadeur » inconditionnel d’Henri-Claude OYIMA auprès des instances du groupe à Paris, ne fût-ce que pour soutenir financièrement la banque dans les moments difficiles où la trésorerie lui fait défaut. Et ce jusqu’en 1995… et la fin du réseau international de Paribas.

De cette relation professionnelle rapprochée est née une amitié entre les deux hommes. Ce n’est donc pas sans raison, et fort d’une confiance éprouvée dans les compétences professionnelles de Francis Gérard CAZE, qu’Henri-Claude OYIMA fera appel à lui en 2002 pour entrer au conseil d’administration de la banque devenue entre-temps BGFIBANK, au titre d’administrateur indépendant. Il en préside actuellement le comité d’Audit et des Risques et le comité de bonne Gouvernance.

Mil neuf cent quatre-vingt-huit et 1989 sont relativement sombres pour Paribas Gabon qui peine à récupérer de trop nombreuses créances douteuses. Il est donc convenu de « nettoyer » le bilan en provisionnant et en passant par pertes & profi ts les crédits considérés comme irrécupérables. Il apparaît toutefois évident que la banque ne peut pas supporter le poids d’une telle perte sans une restructuration draconienne qui passera inévitablement par une réduction des frais généraux. Un plan social est activé qui voit se réduire de 30% les effectifs de la banque, parmi lesquels plusieurs expatriés. Toutes les autres sources de frais généraux sont compressées et plusieurs investissements sont provisoirement gelés.

«  Il fallait tout rééquilibrer une bonne fois pour toutes, à défaut nous allions droit dans le mur » analyse l’administrateur-directeur général.

L’année suivante, les résultats reprennent un sens positif et deux ans plus tard, le conseil d’administration décide une augmentation de capital afin de bien structurer le bilan et donner à la banque de nouveaux moyens d’actions
et de développement.  La banque retrouve le sourire…

En avril 1992, Paribas Gabon inaugure l’agence d’Owendo dans la zone portuaire située au sud-ouest de la capitale. La banque compte dès lors quatre implantations après celles de Libreville, de Lambaréné et de Port-Gentil. Elle emploie 150 personnes et se hisse, par son volume d’activités, à la deuxième place du secteur bancaire gabonais.

Le 11 janvier 1994, survient la dévaluation de 50% du franc CFA annoncée par la France, sous la pression du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Cette mesure touche huit pays d’Afrique de l’Ouest et six pays d’Afrique centrale rattachés depuis 1948 au franc français par une parité fixe. Elle vise la relance de la compétitivité des pays de la zone monétaire CFA dans l’espoir de les sortir d’une situation économique catastrophique… Mais, dans le même temps, elle affecte le pouvoir d’achat des populations.

La dévaluation fut-elle profitable ?
« Dès l’instant où le pays bénéfi ciait de recettes en devises, ce qui était le cas grâce principalement à l’exportation de matières premières, ces recettes se sont vues automatiquement multipliées par deux. Encore ne fallait il pas que la dette extérieure, par nature même exprimée en devises, augmente… ce qui fut, tout aussi automatiquement, le cas, analyse Henri-Claude OYIMA. Et dès lors, l’avantage compétitif espéré n’eut pas totalement l’effet escompté. »

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Groupe BGFIBank, 40 ans d'Histoire
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La dévaluation du franc CFA a-t-elle impacté la rentabilité du secteur bancaire ?

La réponse de l’administrateur-directeur général est sans équivoque : « Paribas Gabon entretenait une importante trésorerie en francs français auprès de Paribas qui était son banquier correspondant à Paris. Ce volant de trésorerie servait à couvrir les crédits documentaires et les transferts qu’il fallait garantir à 100%. Automatiquement, et à l ’instant même de la dévaluation du franc CFA, nos positions de change à l’extérieur ont été réévaluées. Nous avons fait rentrer ces excédents tout en nous acquittant auprès du Trésor gabonais de l’impôt convenu et sous la condition imposée par la Commission bancaire que cet écart de réévaluation soit incorporé dans les fonds propres de la banque. »

Ce bol d’oxygène financier ainsi que la nouvelle dynamique du secteur industriel local induite par la dévaluation, vont permettre à la direction générale de la banque de donner un élan décisif à son développement commercial qui, dès cet instant, ne connut plus d’interruption.

Dès avant cette dévaluation de 1994, il était toutefois clair, aux yeux de l’administrateur-directeur général, que Paribas se retirerait tôt ou tard du projet gabonais initié 23 ans plus tôt.

Henri-Claude OYIMA : « Paribas voulait se retirer parce que le volume des contentieux était tel qu’il obérait la rentabilité de l’investissement. »

Certes, les processus de recouvrement des créances douteuses avaient concentré les énergies de la direction générale. Mais de tels processus sont longs, voire quelques fois incertains, et, pendant ce temps, la banque étouffait d’un manque de trésorerie. Elle ne survécut à la fin des années ‘80 que sous perfusion régulière de la maison mère. Le bol d’oxygène qu’apporte la dévaluation du franc CFA aux moyens d’actions
de la banque devient, paradoxalement, un élément déclencheur de la décision officielle de Paribas de se retirer progressivement.

Le Gabon n’est pas le seul pays concerné ; André LÉVY-LANG, président de Paribas à cette époque, estime que les métiers de la banque commerciale ne font plus partie de la stratégie de Paribas. Dans la logique de cette réflexion, il prend la décision de se séparer de son réseau international, et ce, malgré la dernière recommandation de Claude de KÉMOULARIA avant sa retraite de « maintenir notre effort auprès de tous les pays pétroliers où nous jouissions d’une situation exceptionnelle en disposant non de filiales, mais de succursales extrêmement productives et à l ’avenir prometteur ». A ce moment toutefois, Paribas Gabon n’est déjà plus succursale mais filiale, au sein de laquelle Paribas n’est plus majoritaire…

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